Lors de son périple dans les 5 provinces du Grand Kasaï, Félix Tshisekedi n’a pas manqué la rencontre avec les grands chefs coutumiers de sa région natale.

Kabeya Kamwanga, village natal du sphynx, fut le théâtre d’un des épisodes les plus étonnants du mandat du nouveau président. A l’essaim d’abeilles qui a attaqué le cortège présidentiel, obligeant le conseiller spécial François Beya à se déshabiller pour échapper aux piqûres mortelles, à l’égarement des véhicules embourbés et privés d’orientation sur les routes impraticables du Kasaï s’en est suivie l’arrivée au village natal du clan à Kabeya Kamwanga.

A peine débarqué dans le village, les chefs coutumiers ont demandé à recevoir leur fils. Le contact fut chaleureux mais les autorités coutumières ont adressé de sévères reproches à l’enfant du terroir. « Tu es Président de la République mais tu es sous domination de ta femme. Tu te laisses entraîner par elle et tes conseillers. Tous ces gens te mènent en bateau. Ils sont plus riches que toi. Mais au bout du compte, c’est toi qui va payer. Cela ne peut plus continuer sinon nous allons perdre le pouvoir », a affirmé le doyen des autorités qui poursuivant, déclarera en colère « Tu ne peux plus continuer à t’agenouiller devant des pasteurs. Ce sont des charlatans qui te prennent ton argent et se moquent de toi ». Clôturant son intervention pour laquelle une concertation avait été initialement engagée entre toutes les autorités coutumières, le vieux Chef conclura : « Nous devons te laver pour que tu retrouves ta puissance et ta femme doit t’accompagner à la cérémonie».

A cinq heures du matin, à l’heure où le soleil s’apprête à se lever, dans le plus grand secret, le Chef de l’Etat et la Première Dame se sont donc rendus au bord de la rivière Lubilanji. C’est là, entre chiens et loups, que s’est déroulée la cérémonie coutumière. Les chauffeurs et les gardes ont été priés de s’éloigner, hors de vue, afin de laisser le couple Félix et Denise entre les mains de quelques chefs coutumiers investis de l’autorité d’appliquer les rites.

La Première Dame sous pression

Après avoir « lavé » le Président congolais à l’eau de la Lubilanji, les chefs coutumiers ont remis à Denise Nyakeru un gobelet contenant l’eau dans laquelle son mari avait été lavé. Ils lui ont demandé de renverser le gobelet. Dans le Kasaï, ce rite appelé le Tshibawu remonte aux temps immémoriaux. Il est transmis au fil du temps par la tradition. Ce mythe du Tshibawu est l’expression d’une malédiction léguée par une femme surprise en flagrant délit d’adultère et qui, condamnée à mort pour l’infraction impardonnable commise, aurait promis le même sort à ses congénères des générations futures qui se rendraient coupables de la même faute. Ce mythe est le fondement de la stabilité de la société Luba.

Le long des rives de la Lubilanji, devant l’injonction du Chef Coutumier, la Première Dame est devenue tétanisée avec sa main paralysée. Elle s’est retrouvée totalement incapable de bouger et de verser l’eau du gobelet que le Chef coutumier venait de lui tendre. « Tu vois, c’est un signe. Ton mari a retrouvé sa puissance. Désormais, si tu oses encore nuire à ses intérêts toi ou prendre des contacts sans l’informer tu en payeras le prix », lui a affirmé le Chef coutumier. « Si tu ne veux pas attirer sur toi le malheur, tu dois couper avec ces conseillers qui prennent des décisions à la place de ton mari et qui te donnent de l’argent », a enjoint le Chef coutumier. Désormais, l’interdit plane sur la tête de Denise Nyakeru qui a juré de respecter son conjoint.

Un autre Tshisekedi ?

De retour à Kinshasa, les observateurs avertis ont analysé deux épisodes qui révèlent les relations du couple présidentiel et celles qui prévalent désormais entre le Président Tshisekedi et ses plus proches collaborateurs fustigés par les Chefs coutumiers kasaïens. Le premier cercle du Président Tshisekedi semble avoir été mis à distance. L’ambassadeur Dany Banza, le Conseiller Privé Biselele Bifort et le Conseiller Spécial Jean-Claude Kabongo qui sont connus pour rançonner les investisseurs et opérer un racket sur les opérateurs économiques, notamment les miniers, ont été priés de se faire beaucoup plus discrets. Jusque-là, chacun entretenait des relations personnelles particulières avec Félix Tshisekedi et son épouse qui était souvent gratifiée de petits cadeaux.

Premier acte de cette évolution, on évoque de plus en plus la possibilité d’un changement de Premier ministre et un remaniement gouvernemental. Le départ de Sama Lukonde serait à l’évidence la démonstration du nouveau Tshisekedi sorti des flots de la Lubilanji.

Deuxième acte de l’évolution du Chef de l’Etat, le psychodrame qui s’est déroulé entre Jean-Marc Kabund, le tout-puissant président de l’UDPS et Vice-Président de l’Assemblée Nationale et la cousine du Chef de l’Etat. Un incident de roulage anodin au cours duquel le militaire issu de la Garde Républicaine commis à la protection de Mme Agnès a été désarmé par les policiers de Jean-Marc Kabund a provoqué une expédition punitive de la Garde Républicaine qui a mis à sac la résidence de l’honorable Kabund. S’en est suivi une tentative d’explication entre le Président de l’UDPS et le Chef de l’Etat au cours de laquelle Jean-Marc Kabund a été admonesté par Félix Tshisekedi.

Il n’en fallait pas plus pour que le chef de file du parti présidentiel démissionne avec fracas du Bureau de l’Assemblée Nationale.

Chantage, opération politicienne ou caprice ?

Dans tous les cas, Félix Tshisekedi a pris la décision de se saisir de cette occasion pour écarter le président de son parti. De plus en plus encombrant, Kabund avait pris les allures du dauphin du régime. Au moment où les Chefs coutumiers kasaïens combattent pour que Félix Tshisekedi récupère son pouvoir et l’impérium sur le pays, Jean-Marc Kabund était perçu comme un danger pour l’avenir politique de Félix Tshisekedi. Un homme dont l’ambition pressentie était de briguer la magistrature suprême.

De surcroît, lors de leur opération de vendetta dans la résidence du Premier Vice-Président de l’Assemblée Nationale, si les gardes républicains n’ont pas trouvé le propriétaire des lieux, ils se sont saisis du féticheur attaché à demeure à la résidence de son prestigieux patient. Et là, ils se sont emparés des gris-gris , amulettes et autres instruments de sortilèges . Parmi lesquels , les gardes républicains ont découvert une statuette figurative représentant Félix Tshisekedi bâillonné.

De retour d’une rencontre de la SADC, après avoir eu le rapport du Chef de sa garde, le Président Tshisekedi a reçu en audience le Président du Sénat suivi du Secrétaire Général de l’UDPS, Augustin Kabuya. A ce dernier, Félix Tshisekedi a confirmé sa décision de ne pas donner une seconde chance à Jean-Marc Kabund. Il a enjoint Kabuya de demander à Kabund de tirer toutes les conséquences de son geste et de démissionner également de la tête du parti. Immédiatement, Peter Kazadi, l’ancien conseiller juridique d’Etienne Tshisekedi, devenu éminence grise de Félix, s’est fendu d’un tweet affirmant que le remplacement de JM Kabund ne poserait aucun problème à l’UDPS.

Dans la foulée, le Président Tshisekedi a adressé une fin de non-recevoir au Président de l’Assemblée Nationale Christophe Mboso qui sollicitait, lui aussi, une audience. Le Chef de l’Etat n’a pas apprécié la précipitation avec laquelle C. Mboso s’est rendu à la résidence privée de son Vice-Président Kabund pour le consoler et l’inviter à retirer sa démission.

Gourmands et ingrats

Dans l’entourage du Président de la République, les langues se délient. « Chaque mois, le Président a autorisé que Mboso et Kabund prennent 2 millions USD comme fonds spécial d’intervention pour le Cabinet du Bureau de l’Assemblée », affirme un membre du cabinet du Chef de l’Etat. Tous les proches de Félix Tshisekedi reprochent à Jean-Marc Kabund son ingratitude. On a entendu dire, parmi les conseillers du Chef de l’Etat, que « Kabund a beaucoup volé et oublié qu’il n’était qu’un simple paysan sorti de Kamina que Félix Tshisekedi a sorti du trou. L’IGF ferait bien de contrôler le Bureau de Mboso ».

Au cours des deux dernières années, il est reproché au principal artisan du débauchage des députés FCC de Kabila qui ont rallié l’Union Sacrée et la nouvelle majorité que, parallèlement à cette réussite, Jean-Marc Kabund n’a cessé de mettre des bâtons dans les roues du Président de la République en écartant méthodiquement des amis qu’il considérait comme dangereux pour sa promotion.

Reste à savoir jusqu’où ira le nouveau Tshisekedi surgi des flots impétueux de la Lubilanji.

A ce jour, il semble suivre à la lettre les conseils des Chefs du village qui l’avaient déjà mis en garde contre Jean-Marc Kabund. « Tu vas voir, si tu ne l’écartes pas, il va te renverser », lui avaient-ils dit. Jean-Marc Kabund vient de donner une occasion en or que Félix Tshisekedi a immédiatement saisie. Le féticheur trouvé dans la résidence et les objets saisis semblent donner raison à ceux qui ont pratiqué les rites coutumiers sur les rives de la Lubilanji. Les Chefs coutumiers Kasaïens ont remporté la première manche.

Le Congo est rentré dans la sorcellerie… les abeilles de kabeya kamwanga sont rentrées dans leur ruche, jusqu’au prochain scandale.

Récit extérieur.

By Echo7

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